NOS CORPS A NOUS
A travers ce projet, j’ai voulu représenter des « corps trans », c’est à dire des corps appartenant à des personnes ne se considérant pas comme cisgenre et ne s’identifiant pas (ou pas totalement) à leur genre de naissance.
J’ai demandé de ramener un objet qui représentait leur transidentité. Par là, j’ai voulu m’écarter de son aspect médical à laquelle elle est trop souvent liée alors que beaucoup d’entre nous ne pouvons ou ne voulons faire de transition médicale.
Leurs pronoms sont écrits en violet, une couleur marquée, selon moi, par les luttes féministes et LGBTQIA+. Ainsi, la diversité de pronoms s’accompagne à la diversité de corps car les caractéristiques physique de genre ne définissent pas la personne.
« Les bijoux, c’est pas pour les garçons.
Une montre, à la rigueur, ça pourrait. Mais des bracelets, des boucles d’oreilles, des bagues. Jamais.
Quand j’ai commencé à tout remettre en question à questionner mon identité et ce qui me constitue, j’ai eu besoin de déconstruire ce que je renvoyais petit bout par petit bout. Pas trop vite, et de façon suffisamment discrète pour pouvoir le cacher si et quand je l’estimais nécessaire. Les bagues me permettaient, même quand je me déguisais en « vrai mec », de savoir que du bout des doigts je restais profondément moi-même, et que je n’allais pas me perdre. Que j’emmenais avec moi la première personne à qui j’ai confié ces questionnements, qui m’a offert cet espace en même temps que ces bijoux si précieux dans mon cœur. »
– Victoire
« Je m’identifie comme genderfluid depuis environ 2 et demi. J’ai toujours laissé la liberté à mes proches concernant mes pronoms car mon identité et mon expression de genre sont variables d’un jour à l’autre, sur le long terme, Iel s’est avéré le plus utilisé et s’est imposé de lui même. J’ai une attache sentimentale très forte pour les feuilles de Ginkgo. Initialement symbole d’une relation monogame hétérosexuel, je me suis réapproprié cette petite feuille et elle m’accompagne dans mes questionnements et mes choix. J’aime en offrir aux personnes que j’aime et à celleux qui m’ont offert un espace doux et bienveillant. »
– Pollen
« Si on me demande quel est mon genre, je vais répondre “non-binaire”. Mais si l’on veut que je décrive mon genre, c’est une autre paire de manches. Il faudrait plutôt aller chercher du côté des xénogenres, les métaphores expliquant beaucoup mieux mon identité. Dans mon cas, il s’agit d’une association aux vampires et aux chauve-souris. Peut-être aussi de par mes expériences de vie (étant fol, neuroatypique et handicapé) je me sens profondément “autre”, et même “monstre”, mais d’une façon libératrice. Après tout, pourquoi serais-je obligé de suivre les normes de la société si je ne suis pas humain ?
Tout cela se cristallise dans l’objet que j’ai choisi: mon collier, que je porte en permanence. Il est assez voyant et plutôt féminin. J’ai longtemps eu une présentation masculine, plus pour éviter de me faire mégenrer qu’autre chose. Mais il y a plus de 2 ans, j’ai commencé la testostérone et fait une mammectomie. Depuis, j’apprends à me réapproprier ma féminité et à créer le look androgyne qui me correspond. L’image du vampire colle autant à mon identité interne qu’à ce que j’aspire à dégager et au style qui me fait me sentir “moi”.”
– Rilya
“Transmasc highfem je vis pour causer de la confusion chez les autres. Identité un peu contradictoire mais me définie bien. J’ai choisi la petite grenouille parce qu’elle fait partie d’une petite collection que je partage avec mes partenaires qui nous représente. Parce que ma commu m’a énormément aidé à accepter que mon identité n’a pas besoin d’être “logique” mais que si ça fonctionne pour moi c’est logique. Aussi il a une petite tête drôle qui me représente bien.”
– Assia
« Je considère ma non-binarité comme une enveloppe où se dressent mes valeurs tout comme mes incertitudes. Mon genre est propre mais il est aussi politique, et parfois les deux s’entremêlent, pour former de beaux éclats multicolores. Mon genre évolue constamment, et c’est pourquoi poser des pronoms dessus m’a toujours été difficile. Pour l’instant, j’ai simplement décidé d’enlever le pronom « elle » qui me ramène toujours, dans leur regard, à un état de femme, et par conséquent tout ce qui va avec. La corde parle à la fois de ce dont j’essaie d’être libéré et auquel je suis souvent encore attaché contre mon gré, mais symbolise aussi le lien qui unit toutes les personnes qui dérangent le genre. Car la non-binarité est pleine d’autant d’identités différentes qu’il n’y a de personnes non-binaires et je souhaite ne jamais oublier toute cette jolie diversité pailletée sous ce parapluie »
-Sasha
“J’ai choisi le loup car j’ai un peu les mêmes caractéristiques… Je me définis comme un loup solitaire en recherche d’une nouvelle meute, une famille, comme un loup alpha, un chef de meute, qui prendra soin de sa meute et fera en sorte de la protéger. J’ai toujours adoré les loups, ils sont devenus ma passion, j’ai des t-shirt, figurines, livres de loups… J’en ai même fait mon prénom « Faolan » qui veut dire littéralement « Petit-Loup » en Irlandais, le simple fait de l’avoir vu et lu la définition de ce prénom, j’étais en symbiose avec ce prénom, j’ai su que c’était celui-ci qui me conviendrait”
– Faolan
“Je suis un homme trans et depuis que j’ai entamé ma transition j’ai toujours été beaucoup attiré par les harnais mais avant ma mammectomie j’étais très dysphorique de mon torse et je ne voulais pas de harnais que je ne pourrais pas porter. C’est pour ça que j’ai choisi mon harnais comme objet représentant ma transition parce que maintenant que j’aime mon torse, il me permet de le mettre encore plus en valeur et me fait me sentir vraiment bien dans mon corps.”
– Sam
“L’objet que j’ai choisi pour représenter ma transition est ma magic wand (vibromasseur). J’en ai fait l’acquisition en 2018, la même année où j’ai commencé mon traitement hormonal. Quand ce dernier a fait exploser ma libido, ma Wand a été là pour moi et l’a toujours été depuis. J’ai un tatouage qui la représente, et qui, au delà d’un simple objet, représente mon rapport à mon corps, à ma sexualité seul, à mon plaisir. Ma transition a complètement changé mon rapport à mon corps, je n’ai jamais eu aussi confiance en moi, je n’ai jamais été aussi confortable dans ce corps que j’ai pu rendre mien en le modifiant comme bon m’a semblé, à l’aide de tatouages, de testostérone, de ma réduction mammaire, de piercings. Et pouvoir prendre du plaisir avec la même indépendance m’a aidé à me sentir serein, à me comprendre et à m’écouter. Une double révolution qui m’a rendu maître de mon plaisir et de mon bonheur!”
– Nyx
“J’ai longtemps eu le sentiment d’être un garçon sans en être un. J’ai souvent entendu dire de moi que j’étais efféminé, et que je n’étais pas normal. Presque toujours j’ai cru devoir me comporter en « homme ». Et puis, un jour – un peu comme sur un coup de tête – j’ai acheté une palette de maquillage qui était simplement là sous mes yeux. Jusqu’alors je trouvais le maquillage superflue, et répondant à une norme de la société pesant sur ce qu’on attendait d’une femme. Je rêvais de visages naturels pour toustes. Et là soudainement, je me suis dit « pourquoi pas essayer de me maquiller et voir ce que ça fait sur moi ». C’était alors un déclic. Je me suis senti libre, puissant, fier. Aussi j’ai compris que je n’étais pas un homme, ni une femme. Tout fait sens désormais pour moi. Je suis non-binaire. J’existe. Que ça plaise ou non. Je décide d’être et de paraître comme bon me semble. Alors souvent je performe la masculinité, mais cette fois-ci en toute liberté. Comme une renaissance, j’ai donc à cette occasion choisi un nouveau prénom : Athlân.”
– Athlân
“Je perçoit le genre comme une superposition d’images préconçues. Il est facile de ne jamais sortir de sa caricature attitrée, d’exploiter tout les référentiels psychologiques et esthétiques du même spectre. Je me suis rendu compte qu’on pouvait déplacer le curseur beaucoup plus loin, sur un spectre beaucoup plus large, cette joie est arrivée en même temps que la désillusion. Ce que j’ai vécu comme une simple invitation/constatation est également un sujet politique où les personnes concernées par celui-ci n’ont que rarement leur place pour : s’exprimer, se défendre, se célébrer.
Donc, un couteau. Pour reprendre le contrôle, attaquer en premier si cela est nécessaire. Et également pour subvertir la virilité et ses codes fragiles. J’aime m’approprier des archétypes de la masculinité pour la refaire mienne, pour la conjurer de son propre mythe qui engendre la domination hétérosexuelle, cisgenre et patriarcale.
Transmasc non-binaire. Pour moi il est important d’accepter le côté festif et expérimental de tout ça. Se donner l’occasion de se ré-inventer, encore et encore, jusque dans la chair. Si la douleur et la violence sont partout, les larmes et la joie se cachent dans leurs interstices. Autant prendre le risque et aller les chercher, avec du maquillage et des blousons trop grands.”
– Andy
« Ce bouquin symbolise le début des réflexions sur mon genre et mon identité de manière générale. Dans ce bouquin, j’ai écrit sur une analyse des différentes masculinités qui existent car, oui je l’ai appris en même temps que je l’étudais, il existe une pluralité et un spectre large dans le genre. Ça m’a permis de me déconstruire moi-même et me dire que je me sens bien dans la neutralité de genre et toutes ces possibilités qu’elle offre. »
– Anthony
“Si j’ai choisi un vinyle de Backxwash, c’est avant tout parce qu’elle a été avec d’autres artistes trans, un des plus gros moteurs de l’acceptation de ma transidentité. Sa musique est pleine d’influences, venues de ses origines, de ses croyances religieuses et surtout, une manière de parler de qui elle est, sa quête d’identité par le prisme de la musique et du Rap, dans lequel elle infuse les obsessions de son personnage, sorcière hérétique et critique de la religion qui la rejette et rejette les LGBT.”
– Michelle
“Je me considère comme un être humain, pas vraiment tout à fait femme ni homme. J’ai des attributs féminins avec lesquels je vis en paix depuis quelques années cependant je m’identifie au pronom « iel » c’est une façon de vivre en paix avec moi-même et me sentir bien en tant qu’être humain. J’ai pris l’appareil photo comme objet car j’ai toujours aimé le contact avec les appareils et les photos, mais surtout parce que c’est un outil et une arme. Avec les photos on est tel qu’on est, on dénonce, on milite et c’est en ça que c’est mon Objet. On laisse des souvenirs pour nous et pour le reste de nos proches.”
– Nyx
“La teinture de cheveux est un objet particulièrement important pour moi et mon identité. La première fois que j’ai fait une couleur fantaisie (du bleu) ça a été le début de ma liberté. J’ai commencé à devenir moi même et me montrer tel quel je suis. Ça m’a libéré des attentes que ma famille avait de moi et j’ai arrêté d’être quelque chose que je ne suis pas. Ça va de même avec ma transidentité. Ma non binarité est venue avec les couleurs; elle est venue avec la liberté de me retrouver et savoir qui je suis réellement. Avec la joie des couleurs. Maintenant j’arrête pas de vivre ma liberté et d’être moi même.”
– Miji
“Ce plumeau est l’objet avec lequel je m’amusais beaucoup en vidéo au tout début de ma transition. C’est durant le confinement que j’ai fait mes premières injections, du coup ce plumeau en est à mes yeux la métaphore / représentation. En plus, c’est un plumeau offert par ma GRAND-MERE alors que j’étais pas encore out et qu’il est si GAY ! Bref, je l’adore, j’adore faire le ménage avec, mais aussi performer, chanter, bref il me suit partout ! Et en plus, c’est rigolo parce que c’est un objet connoté très féminin selon les normes sociétales. Du coup, c’est à mes yeux empouvoirant d’avoir et d’utiliser cet objet !”
– Max
« Mon vernis représente 2 moments cruciaux de ma non binarité. Le premier a été vers mes 19 ans, où lors d’un repas familiale, je me suis fait réprimander violemment parce que je portais du vernis à ongle noir. Depuis ce moment je me suis encore plus renfermé, pour faire partie du décors. Vers mes 35 ans, 16 ans à casser tout les verrous qui m’empêchaient d’être moi même, j’ai franchi une grande étape, où j’ai commencé des démarches de changement de prénom (pour être en accord avec mon genre et faire une scission avec mon passé) et juste après j’ai réussi à reporter du vernis de façon quotidienne, ce fut une grande victoire.”
– Jaden
“Mon carnet
C’est comme mon deuxième cerveau
C’est le lieu où je dépose pour ne pas me surcharger
C’est l’objet qui accompagne ma gestion émotionnelle autonome
C’est aussi forcément celui qui a recueilli les balbutiements de ma transidentité Mes premiers doutes, mes premières euphories, le début de ma rencontre intérieure
C’est un objet qui me suit partout, me précède parfois
Il est fait de listes, d’émotions, de notes de formation ou d’orga, de dessins de concentration ou de contemplation, d’infos à ne pas oublier, de débrief et de vécus
Il y a dedans, incarnées en mots, mes larmes, mes émerveillements, mes colères et mes choix, mes révélations et mes peurs
Je l’ai choisi car c’est l’objet qui me représente le plus
Et je suis trans
Genre, il représente ma transidentité”
– Louie
“J’ai choisi la seringue car c’est l’objet qui a eu un réel impact au niveau de la réduction de ma dysphorie. La seringue c’est aussi une métaphore pour parler tout simplement des traitements médicamenteux qui m’ont aidé et m’aident encore dans ma transition. Mais surtout la seringue c’est un lien avec mes adelphes. C’est une amie trans fem qui me fait mes injections de testostérone. L’adelphité ça sauve. De s’entre-aider les un.e.s les autres dans nos transitions de genre respectives, partager notre vécu et unir nos voix contre la transphobie ambiante, ca permet de se sentir bien plus fort.e.s et tellement moins seul.e.s.”
– Eliott
Trouver un objet qui représente ma transidenté a été difficile pour moi, car la perception de mon genre est intimement liée à mes expérience de voyages en auto-stop, où j’adoptais ce que j’appelais des « qualités genrées masculines » jusqu’à ce que cette identité coule dans la mienne, de manière quotidienne. Lorsque j’ai découvert mon identité de genre, il y a quatre ans, il n’y avait pas vraiment de personnes trans dans mon entourage, c’est alors que ce sont les livres qui m’ont permis de mettre des mots sur mes ressentis et mon vécu. J’ai choisi le livre « Moi les hommes je les déteste » de Pauline Harmange car il s’agit d’un essai qui remet en question notre perception de la masculinité et comment on interagit avec celle-ci en tant que personne sexisée. En tant que personne non-binaire, je préfère le pronoms « iel ».
– Mud
“J’ai une relation compliquée avec mon genre, mais surtout comment il est perçu par les autres. Je suis en perpétuelle recherche de mon expression de genre, de mon style. Je mélange le masculin et le féminin, mais mon corps, très marqué par mon sexe ne transparaît que le féminin. J’aimerais pouvoir porter une robe en me faisant appeler monsieur dans la rue.Mais à travers ces recherches, réflexions, il y a des petites choses qui me font sentir mieux, plus masculin. Le petit détail de la ceinture qui se montre sous un tee-shirt seulement quand je lève les bras. Je crois que c’est comme ça que je définirais mon genre, je suis une ceinture, pas la pour marquer la taille ou enfermé, simplement pour être montrer à qui prendra le temps, à qui fera attention aux détails.”
– Euphrasie
“La transidentité est une fleur
Elle est une justesse du coeur
Elle franchit les peurs
Des pierres grises jaillissent des couleurs”
– Nicole
“Relationner avec une femme trans en étant une femme cis m’a apparu d’abord comme une complexité puis comme une évidence. Ça m’a permis de réaliser à quel point je me sentais à ma place dans une relation lesbienne. De découvrir aussi ce que c’était que la transidentité, que ce soit ou non dans l’intimité. J’ai toujours eu la ferme conviction qu’il n’y a pas besoin de comprendre pour accepter. Qu’aimer quelqu’un.e c’est aussi apprendre à communiquer. Et oui, je me renseigne, je pose parfois des questions, je peux encore dire des choses maladroites même après un an de relation. Parce que nos identités respectives ne sont pas figées dans le marbre et que rien ne cesse d’évoluer. Alors j’essaie d’être sa meilleure alliée et je garde en tête que la déconstruction n’est jamais terminée.”
– Lexy